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 Séraphin Vançon, l'assassin à la hache

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Gaëtane
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MessageSujet: Séraphin Vançon, l'assassin à la hache   Mar 26 Juin - 15:02

Séraphin Vançon assassin à la hache

Remiremont, 14 janvier 1910...

Dans la matinée de ce même jour, le jeune Séraphin Vançon rejoint son domicile du Champ de Mars où demeure sa mère. A son arrivée, celle-ci est absente, il l'attend. Elle rentre vers midi, toute étonnée de trouver chez elle son fils qu'elle n' a pas vu depuis deux ans.
Tour à tour forgeron, manoeuvre, employé au théâtre Borgniet, puis dernièrement domestique, il se retrouve sans emploi et sans argent.
Les trois jours suivants, il reste assis près du fourneau, songeur, la tête entre les mains. Sa mère est lasse de le voir inactif, et l'oblige à chercher du travail. Il dit alors qu'il est engagé dans un théâtre, et que le lendemain il va recevoir l'argent nécessaire pour partir.

La pensée d'un crime prend, dès ce moment, nettement corps dans son esprit.

Il sait que le mardi jour de marché, Félicien Gavoille, marchand de bestiaux de Corravillers, vient à Remiremont pour affaires et qu'il est porteur de sommes importantes.

Mardi 18 janvier 1910

A 8 heures du matin, malgré une pluie abondante, Vançon se rend à la gare dans l'espoir de rencontrer Gavoille, mais celui-ci est déjà en ville. Plus tard, il l'aperçoit dans la Rue de la Xavée, à hauteur du marché couvert. Il l'aborde, et sans préambule, lui propose de faire un bon marché en achetant une vache, dont M. Lambert, fermier au Fiscal, veut se défaire.
Gavoille accepte, mais auparavant, il doit faire un recouvrement chez un boucher de la ville. Ils se donnent rendez-vous pour une heure et demie dans le sous-bois menant à la ferme.

Pendant ce temps, Vançon se rend chez sa mère, prend une hache, la dissimule sous son veston et se dirige vers le lieu convenu, Gavoille n'y est pas. Vançon pense qu'il s'est rendu seul à la ferme et à cinq cent mètres de celle-ci, il rencontre Henri Marchal, cultivateur au Calvaire. Il n'a pas vu le marchand de bestiaux, mais il remarque le manche de la hache qui dépasse de la veste de Vançon. Celui-ci prétend aller ramasser un fagot de bois mort. Il quitte Marchal et revient sur ses pas à la recherche de Gavoille...

..C'est en ville qu'il le voit entrer à la boucherie Leclerc, il s'y rend à sa suite, juste le temps de s'apercevoir que Gavoille encaisse la somme de 2 666 F et que son portefeuille contient déjà 1 000 F. Ils partent en direction du Champ de Mars, s'arrêtent au café du Calvaire quelques instants, puis se dirigent vers la ferme par le chemin du Fiscal.

Il pleut très fort, le vent est très violent, Gavoille marche le premier d'un pas pressé, son parapluie lui couvre entièrement la tête. A un moment donné, Gavoille prend la direction du chalet Minette, au lieu de suivre le chemin à gauche menant à la ferme. Vançon ne le dissuade pas de son erreur. Ils arrivent à un ravin étroit et escarpé. A cet endroit, il est certain qu'ils ne peuvent être aperçus ni de la ferme du Fiscal, ni du chalet Minette, ni de la route.

Gavoille est occupé à redresser les baleines de son parapluie endommagé par une rafale de vent. C'est alors que Vançon sort vivement sa hache, lui porte derrière la tête un très violent coup de tranchant qui lui ouvre la nuque. Gavoille est projeté en avant, puis un deuxième coup plus intense lui entaille le crâne, avant qu'il ne touche terre. Le malheureux roule au fond du ravin en gémissant. Vançon se précipite sur Gavoille, lui donne un troisième coup avec le plat de la hache et prend le portefeuille rempli de billets de banque. La victime gémit faiblement, un quatrième coup lui enfonce le crâne.
Le crime accompli, Vançon essuie sur l'herbe sa hache ensanglantée et se sauve en courant par la Creuse du Fiscal...

..Il arrive chez sa mère et l'envoie chercher du vin. Pendant ce temps, il compte l'argent, soit au total une somme de 4 000 F et brûle les papiers du portefeuille de la victime. Avant de quitter sa mère, il lui remet une pièce de 10 F sur l'argent qu'il a reçu d'un directeur de théâtre.
Il va chez le coiffeur se faire raser la moustache, s'achète un pardessus et un chapeau, loue une automobile pour se rendre à Epinal où il fait de nouveaux achats et de là prend le train pour Troyes.

Le pauvre Gavoille abandonné dans le ravin, revient à lui, malgré ses horribles blessures, ce quadragénaire à la force herculéenne regagne péniblement Remiremont. Il titube sur la route. Amené au café Grégoire par un passant charitable, il a la tête et les vêtements couverts de sang. Il commence à divaguer. On le déshabille, on le couche. A cet instant, il s'aperçoit que son portefeuille lui a été volé. Une fièvre violente l'envahit. Le médecin appelé déclare que son état est très grave. Toute la nuit, il délire et souffre horriblement. Le lendemain, il est transporté à l'hôpital où il décède dans la nuit du 21 au 22 janvier dans d'atroces souffrances.

L'autopsie pratiquée par le Docteur Kinsbourg, médecin légiste, révèle trois blessures importantes au niveau de la tête, deux d'entre elles pratiquées à l'aide d'un instrument tranchant, la troisième faite avec un objet contondant. Le corps de Félicien Gavoille est déposé sur le corbillard et transporté à Corravillers où a lieu l'inhumation.

Avant derniers jours de janvier 1910

L'enquête de police progresse rapidement grâce aux témoignages de personnes ayant vu le marchand de bestiaux en compagnie d'un jeune homme blond dans la journée du 18 janvier. Les propos recueillis des témoins Henri Marchal, cultivateur au Calvaire, et Léon Grégoire, cafetier, amènent les policiers à suspecter Séraphin Vançon demeurant au Champ de Mars. Ils se rendent à son domicile où ils découvrent la hache sur laquelle reste encore une touffe de cheveux de la victime.

Inculpé de vol et d'assassinat, Vançon court toujours. Après son passage à Troyes, il se rend à Paris où il dépense sans compter tout l'argent volé en plasirs et en débauches. Il est finalement arrêté le dimanche 30 janvier par M. Pourchot, inspecteur de la sûreté de Paris.

Après une heure d'interrogatoire, il avoue son crime. Aussitôt, le Parquet de Remiremont est prévenu de l'arrestation du meurtrier et de son retour imminent. A l'arrivée de chaque train, une foule nombreuse et bruyante attend désespérément la venue de l'assassin. Pour éviter toute manifestation, le Parquet décide de faire descendre Vançon à la station de Saint-Nabord.

Jeudi 3 février 1910

Les magistrats montent dans une voiture fermée, escortée par la brigade de gendarmes à cheval. A l'arrivée du train, les gendarmes entourent le misérable Vançon, le hissent dans le landau qui part en direction de la maison d'arrêt de Remiremont en empruntant la rue du Canton et la rue Baugru. Un grand nombre de personnes s'amasse à la porte de la prison et profère des cris vengeurs : "A mort, l'assassin !".

Vendredi 10 juin 1910

L'affaire Séraphin Vançon, 24 ans, manoeuvre, sans domicile fixe, est jugée en Cour d'Assises. Dès 8 h et demie du matin, la salle est comble. A 9 h moins le quart, la Cour fait son entrée. Sur la demande du ministère public, Maître Couchepin, vu la longueur des débats, on procède à la nomination d'un juré supplémentaire. La défense est représentée par Maître Perronlt assisté par Maître Coudré. L'accusé s'avance vers son banc d'un pas rapide et assuré. Il s'asseoit, la tête haute. L'air impertinent, il regarde à droite et à gauche. Il est vêtu d'un pantalon et d'un veston grisâtre, son cou est enserré dans un très haut col rabattu orné d'une toute petite cravate noire.

Après lecture de l'acte d'accusation, le Président interroge l'accusé. C'est avec arrogance, que celui-ci répond à toutes les questions qui lui sont posées. Toute inexactitude du Président est relevée, il se défend habilement.

Il reconnaît que la veille du crime, il a bien l'intention de voler quelqu'un. Il relate avec éloquence sa rencontre avec Gavoille et décrit lui-même le récit du drame avec un très grand luxe de détails en assurant qu'il n'a pas voulu donner la mort. Il ne manifeste aucune émotion et aucun regret lorsque le Président raconte aux jurés le tragique retour à Remiremont du marchand de bestiaux.

Depuis 9 h, Vançon se défend avec acharnement, il est fatigué, il s'assoit et s'éponge le front. Il est midi. L'audience de l'après-midi débute à 2 h. Auparavant, il a fallu fermer toutes les issues et doubler les factionnaires pour empêcher la foule d'envahir la salle.
C'est l'audition des témoins. Seize personnes viennent à la barre. Les témoignages confirment les faits portés dans l'acte d'accusation. L'audience est suspendue pour un quart d'heure.

A la reprise, le ministère public, Maître Couchepin, déclare Vançon, coupable du meurtre de Félicien Gavoille.
Maître Perronlt, son défenseur, dans une longue plaidoirie tente de sauver la tête de l'accusé. Il supplie le jury d'accorder à Vançon, le bénéfice des circonstances atténuantes et de l'envoyer aux travaux forcés à perpétuité où il expiera son monstrueux forfait.
Maître Couchepin réclame énergiquement que le jury, par son verdict, condamne cet homme à la peine de mort.

Après de courtes répliques, le Président demande à l'accusé ce qu'il a à ajouter pour sa défense. Vançon est complètement affaissé, il n' a plus sa belle arrogance du matin, il est tout pâle et sans cese passe son mouchoir sur son front trempé de sueur...D'une voix plaintive, il dit qu'il regrette profondément son crime.

Les débats sont clos. Le jury se retire pour délibérer. Pendant la délibération, Vançon est pris d'une syncope dès qu'il arrive dans la salle d'attente. On lui fait respirer de l'éther et bientôt reprend ses sens. Les jambes tremblantes, il regagne le banc des accusés.

A 6H35, le jury rentre en séance. Le greffier donne lecture du verdict, aucune circonstance atténuante, c'est la peine capitale.
Un long murmure d'approbation parcourt la salle. L'accusé s'affaisse à nouveau. Deux gendarmes le soutiennent sous les bras pour le maintenir debout. Il semble se remettre un peu, mais dès que le Président lit les articles du Code, à l'instant où le mot "peine de mort" est prononcé, Vançon perd totalement connaissance et s'écroule sur son banc.
Il faut quatre hommes pour soulever ce corps raidi et le faire passer au-dessus du banc des avocats. La foule se retire sans un cri, fortement impressionnée par cette scène tragique.
Le condamné a trois jours francs pour se pourvoir en Cassation. Il est 7 h du soir. La session est close.

Jeudi 22 septembre 1910

A 8 heures du matin, M. Deibler et ses aides arrivent à la gare de Remiremont. Déjà, de nombreux curieux se pressent aux alentours des quais, ils attendent le venue des bois de justice. Ils arrivent par le train de 5 h de l'après-midi. De 7 h à minuit, le service d'ordre est assuré par une compagnie du 5ème Bataillon de Chasseurs. La foule circule dans la rue de la Mouline, les cafés à proximité de la prison regorgent de clients.
A minuit, cinq compagnies du même régiment, sous les ordres du Commandant Jeanneney, établissent des barrages dans les rues avoisinantes de la prison. Le nombre de personnes s'accroît, les toits des maisons sont pris d'assaut, les plus téméraires escaladent les murs qui bordent la rue de la Mouline.
Un service d'ordre est assuré par les hommes du commissaire Boinet dans l'enceinte de la prison.


Vendredi 23 septembre 1910

A 3 h 10, le montage de la sinistre machine commence. M Deibler et ses aides la placent à deux mètres de la porte d'entrée de la prison.

A 4 h 10, MM. Puton, procureur de la République ; Argant, maire ; Maître Perronlt, avocat de la défense ; Fristot, juge ; Desjardin, greffier du tribunal accompagné du commis greffier ; Bonneville, secrétaire de la sous-préfecture ; les abbés Georgel et Mercier, pénètrent dans la prison, suivis de M. Deibler et ses aides.

L'instant est solennel. Les magistrats entrent dans la cellule de Vançon qui se réveille brutalement. M. Puton annonce au condamné que son pourvoi en cassation est rejeté et qu'il doit se préparer à mourir courageusement.
Vançon pâlit, il se ressaisit aussitôt. on le fait lever et s'habiller. Il est conduit au parloir où les abbés Georgel et Mercier lui prodiguent les consolations de la religion. Il entend la messe et communie. Il boit son dernier verre de vin et est livré au bourreau qui signe au registre d'écrou.
On lui met des entraves aux jambes, on lui attache les poignets dans le dos, on lui coupe le col de la chemise.
Vançon est amené vers la guillotine. Sa démarche est courageuse.

Cinq heures, il fait grand jour.

La porte de la prison s'ouvre toute grande. Autour de la machine, on se découvre. La porte du perron s'ouvre.
Vançon apparaît. Il est pâle, horriblement pâle. Il n' a pas encore vu l'échafaud.
Il marche d'un pas ferme soutenu par les aides.
Soudain...à six mètres, il l'aperçoit...
Tout son corps se rejette en arrière dans un mouvement instinctif...Un instant d'effroi...La guillotine ! Vançon l' a vu fonctionner, onze ans auparavant...La décapitation de Zückermeyer à laquelle il a assisté.

Il se reprend et se tourne alors vers M.Argant et lui dit " Au revoir, M. Le Maire !".

Les aides, d'un bond lui font franchir le caniveau. Il est au pied de la bascule...une poussée...une planche qui glisse...la lunette tombe...le mouton s'abat...un éclair brille...un coup sourd retentit...la tête roule dans le panier...le sang gicle sur tous les côtés.

Il est 5 h 12.

L'exécution n' a duré qu'une minute. Justice est faite.

Ses restes sont chargés sur un fourgon qui prend aussitôt la direction du cimetière, escorté par quatre gendarmes à cheval.

L'inhumation a lieu dans un endroit éloigné des autres sépultures, aucun monument n'indiquera l'endroit où repose le corps du supplicié.

Gaëtane

Source : Industriel Vosgien 1910



Dernière édition par Gaëtane le Lun 27 Aoû - 17:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Séraphin Vançon, l'assassin à la hache   Mar 26 Juin - 15:32


Séraphin Vançon

Photo provenant du site : http://boisdejustice.com/Home/Home.html




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MessageSujet: Re: Séraphin Vançon, l'assassin à la hache   Mar 26 Juin - 15:36


Remerciements

Lorsque j'avais écrit ce récit, il ya une dizaine d'années, j'avais été prévenue par la Liberté de l'Est, journal local où j'étais pigiste, qu'une personne s'était présentée comme étant la petite nièce de Félicien GAVOILLE, mais étant absente dans ces moments-là et qu' aucune coordonnée n'avait été laissée, je n'avais pas pu la rencontrer.

En 2006, je participe à une émission à la radio locale, pour parler des derniers guillotinés de Remiremont, dont Séraphin Vançon. J'en profite pour lancer un appel à la personne venue au journal en 1999 et de donner mes coordonnées.

Deux jours après, celle-ci me contacte. Quelle surprise ! En un après-midi, j'ai pu converser de Félicien GAVOILLE avec quelques descendants réunis pour la circonstance.

Généalogie, photographies etc...

Le berceau de la famille GAVOILLE est à Corravillers depuis plus de cent ans. Générations d'agriculteurs et de marchands de bestiaux.

Félicien est le deuxième enfant d'une famille de 9. Il était donc maquignon. Il se rendait à Remiremont chaque mardi, jour de marché. Célibataire de 42 ans, rude gaillard, son ambition était de partir en Amérique.
La nouvelle de son assassinat a été terrible pour la famille. C'est dans le courant de cette année 1910, qu'il devait prendre le bateau pour enfin réaliser son rêve, mais hélas, il n'en a pas eu le temps.

Encore un grand merci à la famille GAVOILLE pour m'avoir apporté tous ces précieux renseignements.

Gaëtane.
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