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 Carnets de route...

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Gaëtane
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MessageSujet: Carnets de route...   Ven 6 Juil - 13:32

Les carnets de route des Poilus de 14 sont des documents remarquables par les récits écrits au jour le jour. Leurs auteurs connus et inconnus sont devenus les témoins de cette douloureuse période.

Extrait du carnet de route du Sergent-Fourrier Stein de la 1ère Compagnie du 5ème BCP. (Août 1915).

La Compagnie avait pris le sommet. Elle se disposait pour y passer la nuit. Le Capitaine dans l'abri de l'officier allemand, ses agents de liaison derrière dans un renforcement du sol. Les sections à droite et à gauche, creusant une nouvelle tranchée avec parapet, pour se protéger. Puis la nuit venue, chacun voulut prendre un peu de repos.

Personne n'eût le temps de dormir. Les Allemands, qui étaient dans la pente à vingt mètres, se mirent à s'agiter, puis à faire un tel bruit qu'on redouta une contre-attaque. Il fallut mettre tout le monde sur pied.

Sans doute qu'ils creusaient une nouvelle tranchée, puisqu'on venait de les déloger. Ils avaient fort à faire dans ces rochers, et aussi près de nous. Les chefs criaient à tue-tête et, dans leur langue que nous ne comprenions pas et au milieu de ces ombres gesticulant dans la nuit, il nous semblait avoir à faire à des démons sortis des ténèbres.

De temps en temps, nous lancions une fusée, véritables feux de Bengale, que nous avions trouvés là, et qui se lançaient à la main et brûlaient pendant plusieurs minutes. A la lueur rouge ou verte des fusées, ces ombres prenaient des aspects fantastiques. C'était sinistre ce spectacle nocturne au milieu des bois de sapins déchiquetés par les obus.

A chaque éclaircie, une section tirait, au hasard, puisque personne ne pouvait viser. Alors on entendait des cris, des gémissements, des râles. Il y avait des blessés et des morts. Ils emportaient ceux qui étaient atteints et tout retombait dans le silence. On aurait pu croire qu'ils renonçaient à leurs travaux.

Une demie heure plus tard, le travail reprenait qui leur attirait une nouvelle fusée, de nouveaux coups de feu et des victimes. Sans doute que c'était une nouvelle équipe qui relevait la précédente et qu'ils voulaient avoir fini pour le lever du jour...

...Pour nous occuper, certains d'entre eux venaient en rampant jusque vers nous et jetaient des grenades au milieu des Chasseurs. Il y eut ainsi quelques morts, mais beaucoup de blessés. Du côté du fortin qui avait résisté, certains réussirent à s'infiltrer et à venir jusqu'aux abords de l'abri du Capitaine.

Des Chasseurs s'aperçurent tout à coup que leurs sacs avaient disparu, emportés par des mains invisibles. De plus audacieux circulaient dans les tranchées, au milieu des Chasseurs. L'un d'eux fut reconnu à sa casquette plate, qu'une fusée avait permis de remarquer. Il ne fit aucune résistance et emmené au Capitaine. Il donna comme raison qu'il s'était trompé de chemin, qu'il croyait retrouver ses camarades dans leur ancienne tranchée.

Il fallut doubler les sentinelles, et tout homme rencontré était examiné de près et interrogé pour connaître l'accent de sa voix. C'était un moyen de déceler les rôdeurs.

Le travail des Allemands continuait toujours, et nous recevions de temps en temps des grenades malgré nos fusées et nos tirs.

Tout à coup, un cri : "Le Capitaine est blessé !".

Une grenade l'avait atteint au pied. L'os était brisé. il ne pouvait plus marcher. Il fallait l'emporter.

La Compagnie n'avait plus ni officier, ni chef de section.

Le Capitaine dût en remettre le commandement au Sergent-Fourrier.


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Gaëtane
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MessageSujet: Re: Carnets de route...   Ven 6 Juil - 13:37

Un deuxième extrait des carnets de route du Sergent Fourrier Stein. Il raconte dans ce dernier la vie éprouvante dans les tranchées d'Uffholtz pendant la période hivernale de janvier-février 1915.

Une nuit au sommet du Linge


" Le froid avait empiré, tout était gelé. C'est là que nous devions passer le temps le plus dur de la campagne. La tranchée était en rase campagne au bord d'un ruisseau. Elle était peu profonde à peine cinquante ou soixante centimètres, dans un sol sablonneux qu'on ne pouvait creuser qu'au couteau tellement il était gelé.

Il fallait s'y tenir assis ou accroupi. Le moindre mouvement était vu et nous valait deux ou trois obus. Ceux-ci tombaient sur le sol gelé comme sur du bois, et nous recevions une grêle de cailloux et de mottes de gazon, bien heureux quand ils ne blessaient personne. Les blessés devaient rester là toute la journée. Il était impossible de franchir la distance qui nous séparait du bois. On les pansait comme on pouvait et ils restaient là à gémir de souffrance et de froid.

Il faisait si froid, que pour ne pas geler, il fallait des mains à battre le tambour sur le dos du voisin. Les pieds s'engourdissaient aussitôt qu'on arrêtait de les remuer et cinq minutes de cette douce insensibilité, c'étaient les pieds gelés, l'homme ne pouvait plus se mettre debout.

Que les journées paraissaient longues.

On se bourra la poitrine et le dos de vieux journaux. On mit tous les habits et le linge que nous avions dans nos sacs. Ce qui réussissait le mieux pour se protéger les pieds était de mettre des chaussettes de coton et par dessus, des bas de laine.

Pendant la nuit, des Chasseurs allèrent faire une visite dans les maisons du village qui était évacué et en rapportèrent une foule d'objets qui leur avait paru bons à les protéger du froid.
Les uns avaient de vieux jupons, d'autres des corsages, des rideaux de lits, des oreillers, mais les plus décoratifs étaient ceux qui, ayant rapporté de ces toiles alsaciennes à gros carreaux rouges et blancs, s'en servaient comme de pèlerines.

Au lever du jour, on aurait dit une de ces tribus nomades du sud algérien. Mais le plus terrible était le moment de satisfaire à ses besoins naturels. Il fallait accomplir un véritable tour de force. Figurez-vous un fantassin, avec son équipement, sa capote, ses habits doublés et bourrés de vieux journaux, couché derrière un talus de soixante centimètres avec défense de se lever sous peine de mort pour lui ou pour un de ses camarades ?

Tout d'abord, ces besoins furent peu fréquents, mais le froid et la nourriture gelée amenèrent la dysentrie et vous pourrez juger de notre situation.

Le froid tomba tout d'un coup et ce fut le redoux, avec la pluie. La tranchée qui était en pente devint un ruisseau de boue. Ce fut un autre genre de supplice que le froid.

Pour l'occuper, les hommes faisaient un siège dans le talus arrière comme une espèce de fauteuil où ils s'asseyaient, puis allongeaient les pieds, ils les mettaient dans un trou pratiqué dans le talus avant sous le parapet. En baissant la tête, ils n'étaient pas aperçus par l'ennemi, et l'eau pouvait passer librement.

Seulement, ce terrain si dur par la gelée devenait de plus en plus mou et dégelait. Les sièges s'effondraient, et de temps en temps dans la nuit, on entendait "floc", c'était un dormeur qui tombait le derrière dans l'eau. Il lui fallait, les pieds dans l'eau, refaire un autre siège.

D'autrefois, cette eau boueuse qui charriait des débris de toutes sortes, formait elle-même un barrage. Alors, elle montait, et si les occupants ne veillaient pas à lui assurer un passage sous eux, ils se réveillaient dans l'eau, puis le barrage cédant, le torrent descendait comme un flot et mouillait tous les voisins.

Aussi, on ne dormait guère ces nuits-là, et ceux qui étaient cause d'accidents étaient vertement semoncés par les victimes.
Quand la Compagnie fut relevée pour aller occuper un autre secteur, personne ne regretta les tranchées d'Uffholtz, malgré le coquet village que nous avions devant nous et le brave Saint-Antoine qui, de sa chapelle dominant les vignes, veillait sur nous tous, amis et ennemis.

Hélas ! Le pauvre Saint-Antoine devait tout abandonner"



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