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  Le coin du poète

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Gaëtane
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MessageSujet: Le coin du poète   Mar 19 Oct - 18:29

L'automne

C'est l'automne, la bise emporte
Les débris de la frondaison
et le froid fane le gazon,
Entre les pavés de la porte.

Pelotonné, comme un cloporte,
Au seuil de sa pauvre maison,
Le vieux rêve à l'âpre saison
Et pressent les maux qu'elle apporte.

Calme, sans joie et sans souffrance,
Il est à l'âge où l'espérance
Laisse la place au souvenir,

Et songe : "Hier, à tire d'ailes,
J'ai vu partir les hirondelles,
les reverrai-je revenir ?..."

Gaëtane. Wink


Dernière édition par Gaëtane le Lun 25 Oct - 12:34, édité 3 fois
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MessageSujet: Un arbre tout là-haut   Mar 19 Oct - 18:48

Un poème de Abry-Février

Un arbre tout là-haut

Un arbre tout là-haut,
Un arbre sur la crête,
Un arbre tout là-haut
Fait front à la tempête.

Il est né dans le vent.
Durci dans la rocaille,
Il est né dans le vent.
Armé pour la bataille.

Têtu, obstinément
Il s'accroche à la terre
Tout là-haut, solitaire
Et lutte intensément.

Son grand mât s'est penché
Sous le vent qui le charge.
Ecimé, ébranché
Par le souffle du large.

Chante éternellement,
Un arbre dans le vent,
Tout là-haut sur la crête.
Libre, dans la tempête.

I love you Wink Wink


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MessageSujet: Il était une feuille   Mar 19 Oct - 19:13


Poème de Robert DESNOS

Il était une feuille

Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
ligne de coeur

Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur

Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.

Il était des racines au bout de l'arbre
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de coeur

Au bout des racines il était la terre
la terre tout court
La terre toute ronde
la terre toute seule au travers du ciel
La terre.

I love you Wink Wink
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MessageSujet: AVRIL   Ven 12 Nov - 20:40

Poème de Gérard de Nerval

AVRIL

Déjà les beaux jours, la poussière,
Un ciel d'azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs ;
Et rien de vert : à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !

Ce beau temps me pèse et m'ennuie.
Ce n'est qu'après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l'eau.

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MessageSujet: L'oiseleur   Lun 31 Jan - 7:32

L'oiseleur


L’oiseleur Amour se promène
Lorsque les coteaux sont fleuris,
Fouillant les buissons et la plaine ;
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu’il a pris.

Aussitôt que la nuit s’efface
Il vient, tend avec soin son fil,
Jette la glu de place en place,
Puis sème, pour cacher la trace,
Quelques brins d’avoine ou de mil.

Il s’embusque au coin d’une haie,
Se couche aux berges des ruisseaux,
Glisse en rampant sous la futaie,
De crainte que son pied n’effraie
Les rapides petits oiseaux.

Sous le muguet et la pervenche
L’enfant rusé cache ses rets,
Ou bien sous l’aubépine blanche
Où tombent, comme une avalanche,
Linots, pinsons, chardonnerets.

Parfois d’une souple baguette
D’osier vert ou de romarin
Il fait un piège, et puis il guette
Les petits oiseaux en goguette
Qui viennent becqueter son grain.

Étourdi, joyeux et rapide,
Bientôt approche un oiselet :
Il regarde d’un air candide,
S’enhardit, goûte au grain perfide,
Et se prend la patte au filet.

Et l’oiseleur Amour l’emmène
Loin des coteaux frais et fleuris,
Loin des buissons et de la plaine,
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu’il a pris.

Guy de Maupassant
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MessageSujet: Le Lac....   Mer 16 Fév - 20:34


Le lac


Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! L'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! Je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps !suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n' en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! Passés pour jamais ! Quoi ! Tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez- vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! Rochers muets ! Grottes ! Forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

Alphonse DE LAMARTINE


Sur les hauteurs du Lac Blanc







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MessageSujet: Acrostiche...   Mar 22 Mar - 9:55

Acrostiche

Givres, flocons ont cessé,
Arrive la belle saison annoncée.
Et les ruisseaux au doux clapotis,
Traversent les prés reverdis.
A la lumière réchauffante du soleil,
Nature, de longs mois endormie, s'éveille
En ces premiers jours de printemps.

Bien amicalement Cool sunny Wink
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MessageSujet: Re: Le coin du poète   Ven 29 Avr - 19:02

Ô lumineux matin


Ô lumineux matin, jeunesse des journées,
Matin d'or, bourdonnant et vif comme un frelon,
Qui piques chaudement la nature, étonnée
De te revoir après un temps de nuit si long ;

Matin, fête de l'herbe et des bonnes rosées,
Rire du vent agile, oeil du jour curieux,
Qui regardes les fleurs, par la nuit reposées,
Dans les buissons luisants s'ouvrir comme des yeux ;

Heure de bel espoir qui s'ébat dans l'air vierge
Emmêlant les vapeurs, les souffles, les rayons,
Où les coteaux herbeux, d'où l'aube blanche émerge,
Sous les trèfles touffus font chanter leurs grillons ;

Belle heure, où tout mouillé d'avoir bu l'eau vivante,
Le frissonnant soleil que la mer a baigné
Éveille brusquement dans les branches mouvantes
Le piaillement joyeux des oiseaux matiniers,

Instant salubre et clair, ô fraîche renaissance,
Gai divertissement des guêpes sur le thym,
- Tu écartes la mort, les ombres, le silence,
L'orage, la fatigue et la peur, cher matin...

Anna de Noailles (1876-1933)

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MessageSujet: Re: Le coin du poète   Sam 14 Jan - 22:34

Voici un poème de M. Maurice Gérard du Valtin. Si la plupart de ses poèmes étaient en français, il en faisait aussi en patois. On peut l'écouter sur le CD "Lo patwès d'chîz nos / Le patois de chez nous" qu'il avait fait en 2005.

Lis gens de das lo taps Les gens d'autrefois

Das lo taps lis gens s'fèyant bé do mouro. Autrefois les gens se faisaient bien du mouron.
Lè vie îre duhhe et is avant bé do mau, La vie était dure et ils avaient bien du mal,
I fa'it qu'is trèveillassent au grand dis jos Il fallait qu'ils travaillent tout au long des jours
Po ène paire de k'mattes et ène câille de mato. Pour quelques pommes de terre et un peu de lait caillé.
Is yant tocoûs l'vès bé dant lè pwète do jo Ils étaient toujours levés bien avant l'aube
Po n-allè au stauy s'occupè dis vèyos Pour aller à l'étable s'occuper des veaux
Et co po traire lis vèches au grand dis sâhos, Et pour traire les vaches tout le long des saisons,
Je voûs co lè skème montè das lis seillos. Je vois encore l'écume monter dans les seaux.
Au fûs-taps is r'montant lè tiêrre das lis champs. Au printemps ils remontent la terre dans les champs.
C'îre do trèveil que n'îre mi do tot aihant. C'était du travail qui n'était pas du tout facile.
Das lûs hottes et sus lûs dûns qu'is lè r'poutant, Dans leurs hottes et sur leurs dos qu'ils lè reportaient,
Mon Dieu do(c) qu'is avant do mau lis pûnres gens. Mon Dieu donc qu'ils avaient du mal les pauvres gens.
Èda-la, do taps dè f'nau, c'îre co bé pés. Alors, au moment de la fenaison, c'était encore bien pire.
I fa'it profitè quand lo taps îre bé ; Il fallait profiter quand le temps était beau ;
Is sayant durant dis (h)oûres snas s'errêtè, Ils fauchaient durant des heures sans s'arrêter,
Et j'te jambouille au grand dis jos das lo prè. Et je te piétine tout au long des jours dans le pré.
Po ratrè lo fon is fèyant dis fwâdés Pour rentrer le foin ils faisaient des fardeaux
Qu'is r'poutant sus lûs dûns, sovat esquintès. Qu'ils reportaient sur leurs dos, souvent fatigués.
Quées pônes po rèpî d'fon tout' lo soler, Quelles peines pour remplir de foin tout le fenil,
Co po lo pistelè au-d'ssus do tèhhé. Et encore pour le tasser au-dessus du gerbier.
Èprès i fa'it faire lè f'nau do r'wè'i Après il fallait faire la fenaison du regain
Qu'is wâdant tocoûs po lè dèrêre euwîe, Qu'ils gardaient toujours pour la dernière ration,
Et co râ'i lis k'mattes de tiêrre : qué piaihi Et encore arracher les pommes de terre : quel plaisir
Quand is vèyant lûs hambourés bé rèpîs. Quand ils voyaient leurs casiers bien remplis.
Is pônant duhh snas r'hhinè pendant dis (h)oûres Ils peinaient dur sans rechigner pendant des heures
Et a n'lis vè'it mi sovat faire lè foûre. Et on ne les voyait pas souvent faire la foire.
Is avant putûnt d'l'ôve que do vi è boûre, Ils avaient plutôt de l'eau que du vin à boire,
C'n'îre mi sovat qu'is p'ant gotè în bon voûrre. Ce n'était pas souvent qu'ils pouvaient goûter un bon verre.
È l'(h)euwé, is p'ant faire dis pus grandes s'mmoillesses, L'hiver, ils pouvaient faire de plus grandes siestes,
I n'y avoût pus de-b'sa d'èchtant d'èfouss'nesse. Il n'y avait plus besoin d'autant d'efforts.
Lis boûbes p'ant n-allè beurgueunnè lis bèyesses, Les garçons pouvaient aller taquiner les jeunes filles,
Bé dis foûs lo sâ a z-au'it lûs câkesses. Bien des fois le soir on entendait leurs chahuts.
L'(h)euwé, c'îre lo taps dis loûres et dis cwârails, L'hiver, c'était le temps des veillées et des couarails,
Is n-allant l'în chîz l'aute snas faire de marwâilles, Ils allaient l'un chez l'autre sans faire d'affaires,
Lè mâtrasse avoût keuh'nè dis bonnes golâyes La maîtresse avait cuisiné de bonnes bouchées
Et lo mâte avoût qwèri sis bonnes botailles. Et le maître avait cherché ses bonnes bouteille.
Is r'nov'lant lûs toûrs au lâchant dis cakâyes. Ils se rappelaient leurs tours en lâchant des risées.
Èhheûs è l'èronde, y avoût tout' lè marmâille Assis autour, il y avait toute la marmaille
Qu'escoutait au d'wè'ant totes grandes lis arâilles Qui écoutait en ouvrant toutes grandes les oreilles
Lis (h)istwêres qu'lis fèyant tramoulè ène câille Les histoires qui les faisaient trembler un peu
Et cè piaihit is ancés d'au'i lûs risâyes. Et ça plaisait aux anciens d'entendre leurs rires.
Lis gens-la qu'eun'p'ant mi d'mourè snas bougi, Ces gens-là qui ne pouvaient pas rester sans bouger,
Is yant bé n-aihes d'eur'vêr lo pohho d'èvri Ils étaient bien contents de revoir le poisson d'avril
Et tout' lis près que rèhachant è fieuri, Et tous les prés qui recommençaient à fleurir.
C'îre lo sîne que tout' n-allait rèhachi. C'était le signe que tout allait recommencer.
Is yant tocoûs prats po d'nové s'èb'sè'i. Ils étaient toujours prêts pour de nouveau se remettre à la tâche.
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MessageSujet: Re: Le coin du poète   Lun 16 Jan - 17:01


Très beau poème flower

Le patois était-il plus parlé dans les campagnes ?

"Le parler de chez nous", livre de Francis Martin que je cite dans une autre rubrique...Ce parler est-il dérivé du patois ?







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MessageSujet: Re: Le coin du poète   Lun 16 Jan - 19:06

Le patois vosgien des Hauts s'est parlé jusqu'en 1950 mais on ne l'employait qu'à la campagne (villages et fermes isolés). Dans son lexique du patois de Fiménil paru en 1930, Constant Lemasson écrit qu'à Bruyères, on ne parlait pas patois mais une sorte de français régional mêlé de mots patois des villages voisins tandis qu'à Gérardmer, les Gérômois ne parlaient le français qu'en été ! M. Gégout de l'Académie du Patois Vosgien me disait qu'au centre de Gérardmer, on ne parlait pas patois. Les patoisants actuels ne sont pas des locuteurs de naissance (ils n'ont pas été élevés en patois), ils l'ont appris par leurs grands-parents et en écoutant les anciens. Cela n'empêche que certains d'entre eux le connaissent encore très bien.

Le parler du livre de Francis Martin est en fait du français régional, parler qui fait la transition entre le patois et le français. On peut dire que le français régional est un français mêlé de mots et de tournures en patois. Le "patois" lui a ses conjugaisons, ses règles de grammaire.
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MessageSujet: Re: Le coin du poète   Lun 16 Jan - 19:39



Merci beaucoup
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MessageSujet: Re: Le coin du poète   Sam 11 Fév - 13:18

Une poésie de Jean Valentin en patois de Fraize (Pays Lorrain, année 1914, page 51).

În cœûr de mère

C’îre în paure boûbe, ène mâhhe bèyesse.
Po wêr lis sîns, a vîrôt lan ;
Il îre setiot, lo paure èfant,
Mais lée, elle îre mâhhe comme ène wêsse.

- Vinés tchîz nos, te s’rès mè famme,
Te m’kennas, te sais que dj’t’aime bîn.
Dje s’rây pus' to vôlat que t’n (h)amme
Et jamais, dje n’te r’fûs’rây rîn.

- Dje vourâys lo wêr po lo crêre ;
Balles preumasses ne cotat rîn ;
Eppoute-meu lo cœur de tè mère
Po lo bottè keûre è mo tchîn.

Po piaire è lè bèyesse maudite,
I toueut sè mère, lo mal(h)eureux.
I li pouteut lo coeur bîn vite
Mais au corant, v’là qu’i tchèheut.

Et comme il îre en train de s’piande,
Valà qu’il auye au se r’levant
Lo cœur de sè mère que li d’mande :
Où’st-ce que t’ès mau, dis, m’n èfant ?


Un cœur de mère

C'était un pauvre garçon, une méchante fille.
Pour voir les siens, on irait loin ;
Il était niais, le pauvre enfant,
Mais elle, elle était mauvaise comme une guêpe.

- Viens chez nous, tu seras ma femme,
Tu me connais, tu sais que je t'aime bien.
Je serai plus ton valet que ton mari
Et jamais, je ne te refuserai rien.

- Je voudrais le voir pour le croire ;
Belles promesses ne coûtent rien ;
Apporte-moi le cœur de ta mère
Pour le mettre cuire à mon chien.

Pour plaire à la fille maudite,
Il tua sa mère, le malheureux.
Il lui porta le cœur bien vite
Mais en courant, voilà qu'il tomba.

Et comme il était en train de se plaindre,
Voilà qu'il entend en se relevant
Le cœur de sa mère qui lui demande :
Où as-tu mal, dis, mon enfant ?
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MessageSujet: Re: Le coin du poète   Sam 11 Fév - 21:25



Un poème cruel et émouvant à la fois Twisted Evil I love you

Merci de nous faire partager ces différents patois qui, finalement, sont faciles à lire et à comprendre study

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MessageSujet: Re: Le coin du poète   Dim 12 Fév - 10:44

C'est vrai, il est cruel, mais c'est un poème que j'aime beaucoup.

Le patois de Fraize n'est pas toujours facile à comprendre, en témoigne le début du Collier d'Or, le drame-féérie qu'avait écrit Eugène Mathis. Cet instituteur patoisant (dont Jean Valentin fût l'élève) considérait le patois vosgien comme une langue et tant dans son dictionnaire que dans ses écrits, on sent le côté littéraire, son patois est châtié et bien plus difficile à comprendre. Dans la traduction, il n'a pas fait du mot à mot, il a employé d'autres tournures pour respecter la versification. Et il y en 50 pages comme ça ! Un livre qui mériterait d'être réédité.

Meurtha

Comme în tchèvri bwad’lant das lo rôs’lant mèti,
Meurt(h)a, lè balle fâye, è quittè lo Vêti.
Lo s’lo denne tot nû(f), lis nadjes sot èvôye
Et lo hhorat d’èvri coût sus lè besse è djôye.
De l’ôve dis hhèvets, qu’elle bet do talo,
So corps è lis biantchous, et poute comme fiô
Ène tête de reine au frot ell’mè de stâles.
Au bord do manté wahh ègrafè sus sis spâles,
Lè skème fait în r’ssot d’ène aune de lâdjou
Et male de l’ardjent è l’oûr de sis tchavoux.
S’faite è l’èfant que djoûe, elle pesse et repesse,
Hhmaroûsse das lis piès èvo sis dôs d’înguiesse,
Et fait, das lis gombés, dansi lo sauviro.
Trainant das tchèque rète è sis pîds do moro,
Lè vaugande, que rîn n’espavate et n’èmaihhe,
Rite comme ène alande et hiaude è frèmi d’aihhe.
Elle tchêt is crûx nârs, fait în brut de tocsî,
Remonte è barbondant, repwate l’air corr’ci,
Pis, is cohhes dis sèpes, elle eccreutche sè lûre
Et vè dîna tocoûs rèhatchant même enlûre.
Lo fûs-taps sus sè trahhe è fieuri lis wazos,
Et lis ouhés piaihants repeurnat lûs tchansos.
Quand dis foûs elle mûse è n-èvri dis grands arbes,
Lis bohhos horpellès, lis sèpes è biantche bârbe,
Sètat lè djène sève è lûs mâhhlis hhauffè
Et lûs dôs renouès enviat de l’ègrafè.
Po lè wêr è lû pîd, lè glitte dis montèyes,
Caillant zos lè nouâye è rehaussant lûs teilles,
Quinat lûs frots pelès et, tot lo grand dis djos,
Essêne hhalmotat: « lè balle èfant que dj’os ! »


Comme un jeune chevreau lâché dans le matin,
Meurtha, la belle fée, a quitté le Valtin.
Un soleil tout neuf fond la neige sur les crêtes,
Et le souffle d’avril met la vallée en fête.
Plus blancs que l’eau qui fuit sous son pied tapageur,
Son corps svelte et son cou portent comme une fleur
Son front nimbé d’azur où sourit une étoile.
D’un ample manteau vert son épaule se voile,
Les pans en sont ourlés par le flot écumeux
Dont les bulles d’argent pleuvent dans ses cheveux.
Comme une enfant qui joue, elle passe et repasse,
Fouille aux plis de la rive avec ses doigts de glace,
Au fond des longs remous fait danser les gravats;
Dans les chutes, traînant du mouron à ses pas.
La coureuse, que rien n’épouvante et n’apaise,
Glisse comme une aronde et se trémousse d’aise.
Elle emplit d’un bruit sourd le gouffre enténébré,
Remonte en murmurant, repart l’air affairé,
Et suspend aux grands pins sa ceinture irisée;
Ainsi Meurtha prélude à sa longue odyssée.
Le printemps, sur sa voie, a fleuri les gazons.
Et les oiseaux joyeux réapprennent leurs chansons.
Quand parfois elle muse à l’abri de leurs branches,
Hêtres échevelés, sapins à barbes blanches,
Sentent la jeune sève à leurs rameaux monter,
Et, de leurs doigts noueux, tentent de l’arrêter.
Pour la voir à leur pied, le groupe des montagnes,
Écartant les brouillards flottant comme des pagnes,
Penchent leurs fronts chenus et, d’un air triomphant,
Paraissent chuchoter: « C’est notre belle enfant ! ».













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MessageSujet: Re: Le coin du poète   Mar 14 Fév - 19:29



C'est romantique ! Ce poème me fait penser aux grands classiques...Raimbaud, Verlaine, De Maupassant etc... I love you sunny
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MessageSujet: Re: Le coin du poète   Jeu 16 Fév - 21:10

Et pourtant, il considérait son œuvre comme comme il l'écrit dans la préface du Collier d'Or :

Le patois disparaît; demain, dans nos Vosges mêmes son dernier refuge, il ne sera plus qu’un souvenir. En écrivant ce petit livre j’ai eu en vue, moins de faire oeuvre littéraire, que de rappeler aux générations oublieuses.
Un autre désir m’a guidé. Jusqu’alors on ne s’en était guère servi que pour écrire des gaudrioles. J’ai tâché de montrer qu’il pouvait se plier à d’autres genres. S’il se prête moins bien que le français à toutes les formes de pensée, c’est qu’il n’a pas été cultivé. C’est un sauvageon négligé qui, devenu vieux, meurt sans avoir rien produit.
Aussi, j’ai été obligé de créer pour ainsi dire de toutes pièces orthographe et syntaxe.
En outre la Muse, peu habituée à s’exprimer par un organe aussi rude et présentant si peu de ressources, devait tout naturellement se rebeller. Les équivalents manquaient souvent aussi pour la traduction, et il eût fallu un talent que je ne me reconnais point, pour présenter au moins en français, une œuvre passable.
On ne prête qu’aux riches et le patois est un pauvre. L’amour qu’un auteur si mal outillé a gardé pour le langage maternel, ne pouvait malheureusement faire oublier cette tare. Aussi je ne me fais nulle illusion sur le succès d’une tentative, que je crois unique. Je m’estimerai assez heureux si j’ai pu seulement sauver quelques débris d’un dialecte qui pendant de longs siècles traduisit la pensée trop souvent douloureuse de nos aïeux.
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Le coin du poète
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